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Interview des Femmes Prévoyantes Socialistes

Je m’appelle Xénia Maszowez, j’ai suivi des études de philosophie, je ne sais pas si je peux dire si je suis philosophe mais en tout cas je suis diplômée en philosophie. J’ai travaillé pendant une dizaine d’année déjà dans le réseau des femmes prévoyantes socialistes parce que je me suis occupée de leur fédération de centres de planning familiaux. Avant de devenir en 2014 secrétaire générale adjointe de la personne qui était à l’époque la secrétaire générale et depuis quelques semaines je suis secrétaire générale de la Fédération des Femmes Prévoyantes Socialistes (FPS) (ndlr association belge à Bruxelles et en région Wallonne).

Pouvez-vous présenter votre association :

Les FPS c’est un mouvement qui est ancien, qui a été crée en 1922 et qui émane d’un ancrage mutualiste parce qu’au départ les FPS c’étaient des caisses de mutualités féminines qui étaient liées à la santé des femmes et des enfants. Donc c’était vraiment un système de cotisation solidaire, pour couvrir certains risques liés spécifiquement aux femmes. Cela explique aujourd’hui notre présence dans les locaux de Solidaris, qui s’appelait avant la Mutualité Socialiste, on émane du même terreau.Une des particularité de notre mouvement c’est qu’on est féministe mutualiste. C’est notre ADN. C’est pourquoi on travaille beaucoup sur les questions de santé. Nous sommes un mouvement féministe, mutualiste, progressiste, laïque et de gauche. Alors contrairement à ce que notre nom peut laisser penser, on a pas de lien institutionnel avec le parti socialiste. Mais bien avec Solidaris, anciennement Mutualité socialiste. Et bien sur on partage le même cadre idéologique de gauche. C’est une confusion dans la tête du public. C’est plus idéologique que partisan.Donc nous faisons parti.e.s du réseau associatif de Solidaris, nous ne sommes pas la seule association, il y d’autres associations avec lesquelles on travaille en étroite collaboration et qui s’occupent de publics différents : les personnes âgées, les personnes handicapées, les jeunes; la fédération des plannings familiaux et le centre de promotion de la santé de Solidaris. On essaye donc de travailler de plus en plus depuis plusieurs années en connection et en transversalité. On ne travaille pas isolément, on est dans un réseau interne au sein d’un réseau mutualiste. On a nos organes de décisions, notre CA, mais on est intrinsèquement lié.e.s à Solidaris. On partage des locaux, on partage des projets, on partage des infrastructures.

Au niveau du financement :

On est financé.e.s par la Fédération Wallonie-Bruxelles, comme mouvement d’éducation permanente (ndlr éducation populaire en France), ce qui nous donne une série d’obligations et un cadre de travail. C’est un système d’axes : on est financé.e.s d’abord en tant que mouvement dans différents axes du décret sur l’éducation permanente qui régit ce secteur. On a donc des financements publics dans ce cadre là. On a aussi des financements relatifs à des aides à l’emploi. En Belgique il y a différents mécanismes qui permettent de faciliter l’emploi de certaines catégories de personnes. Et on est financé.e.s aussi en partie par Solidaris.

Est-ce que la Fédération Wallonie-Bruxelles met en place des campagnes sur l’égalité ?

Il y a une liste d’associations qui sont financées dans ce cadre là, dont le champ d’action peut être varié en faite, les thèmes et les champs d’action de ces associations sont variés mais le point commun c’est de favoriser l’émancipation du public, des publics, des publics populaires; et le développement de l’esprit critique, ainsi que la participation citoyenne. Donc il y a d’autres associations féministes qui sont financées dans ce cadre là, mais il y a aussi des associations qui ne se revendiquent pas féministes qui sont financées dans ce cadre là.

En France on dit qu’on finance bien les associations, alors que les subventions stagnent ou baissent. C’est pour ça que je m’étonne de vous trouver dans des locaux comme ceux-là.

C’est vraiment lié au réseau dans lequel on est, ce ne sont pas nos locaux. Mais ça permet de faciliter les choses en effet. Et par rapport aux financements, en Belgique pour l’instant c’est surtout par rapport à certaines aides à l’emploi qu’on est inquiet, par rapport à des modifications dans la façon de financer ces aides à l’emploi. Pas précisément aujourd’hui par rapport à nos financements structurels au niveau de l’éducation permanente. Aujourd’hui il n’y a pas de menaces par rapport à ça même si on est extrêmement vigilant.e.s parce que les changements de gouvernement, de majorités politiques peuvent tout à fait mettre à mal ce genre d’initiatives politiques.

Est-ce que sur ces questions là, la Belgique est assez avancée ?

Oui. On trouve qu’en Belgique on est assez progressistes sur les questions éthiques, sur tout ce qui est secteur des centres de planning, tout ce qui touche à l’euthanasie, donc sur ces questions éthiques on est assez progressistes. Alors on a eu une grosse déception ces quelques semaines parce que la loi sur l’avortement a été modifiée. Les organisations féministes avaient des revendications. Cela concernait la sortie de l’IVG du Code Pénal. D’abord l’inscription de l’IVG dans le Code Pénal, parce qu’en Belgique c’était toujours inscrit dans le Code Pénal mais partiellement dépénalisé. Alors c’est maintenant sorti du Code Pénal, mais les sanctions sont restées les mêmes. Et nous on avait des revendications de modifications du délais qui est à 12 semaines en Belgique, on voulait que ce délais puisse passer à 18 semaines parce que selon nous la situation des femmes qui doivent avorter et qui ont dépassé ce délais est hypocrite, parce qu’on doit les envoyer aux Pays-Bas, ou dans d’autres pays, où le délais est plus favorable. Et ça crée des disparités entre les femmes, parce que ça implique des coûts supplémentaires pour elles. On avait donc différentes revendications quant à cette opportunité de modifier la loi sur l’avortement qui malheureusement n’ont pas été entendu. Mais on ne baisse pas les bras pour autant. Mais ça c’est vraiment une grosse déception et là, on a vraiment senti en faite un manque d’ouverture total par rapport à cette question, malgré les témoignages des actrices et acteurs de terrains et malgré la pression des mouvements féministes.

Et donc actuellement il y a encore des sanctions dans le Code Pénal pour des personnes qui pratiquent l’IVG ?

Oui. Et sur les femmes. Mais il y a eu très peu de sanction. Ca reste quelque chose qui est dans le Code sans forcément être appliqué. Mais ça pourrait. C’est un risque encore. Et puis symboliquement pour le droit des femmes à disposer de leur corps et é être considérées comme des êtres responsables et qui ne doivent pas être mis sous tutelles ou à prioris soupçonnées quand elles exercent leur droit à disposer de leurs corps. Pour nous c’est vachement important symboliquement aussi. C’est une contradiction qui ne devrait plus être. Et ça enlève des droits. Il y avait aussi toute la réflexion sur le délais de réflexion de 6 jours avant l’IVG. Nous on voulait supprimer ce délais. En tout cas le maintenir si nécessaire, ou dans des cas où les femmes le désirent. Mais dans les cas où les femmes étaient déterminées et avaient pris leur décision cela peut être une souffrance supplémentaire ce délais de 6 jours. On voulait le supprimer mais ce n’est pas passé non plus.

Au niveau des plannings familiaux, vous pratiquez les IVG, vous accompagnez les femmes ?

Tous les centres de plannings familiaux en Belgique, enfin je vais parler de la Fédération de la Wallonie-Bruxelles parce qu’en Flandres ce n’est pas organisé de cette manière là donc ce ne sont pas des centres de planning familiaux mais des centres d’avortement, ce n’est pas pluridisciplinaires comme chez nous. En Belgique francophone, et à Bruxelles, ce sont des centres pluridisciplinaires donc avec un décret qui fixe les professions qui doivent exercer dans ces centres : des médecins, des juristes, des psychologues, des assistant.e.s sociaux; facultativement des sexologues et des conseiller.e.s conjugaux, mais n’importe qui ne peut pas travailler dans un centre de planning familial. Et on a une obligation d’avoir certains métiers représentés là. On pratique des avortements dans certains centres de planning, pas tous. Il y a aussi des consultations médicales mais qui tournent autour de la vie affective et sexuelle. Des consultations psychologiques, sociales, juridiques; et des animations dans les écoles. Les plannings familiaux sont financés par la COCOF (ndlr Commission Communautaire Française) et la région Wallonne. C’est régionalisé. Il y a différents niveaux de pouvoir en Belgique qui financent suivant leurs compétences différents types de structures .

Et au niveau de l’accessibilité à l’IVG en Belgique ? Par rapport à la clause de conscience ou la proximité géographique ?

La couverture géographique des centres est pas mal. On a ouvert un volet IVG au planning de Mons parce que après de nombreuses années de sollicitation auprès de l’INAMI (ndlr Institut National d’Assurance Maladie-Invalidité) qui est l’organisme qui délivre l’autorisation – agrément pour pouvoir faire des avortements, on l’a enfin obtenu parce que c’était une des région où les personnes n’avaient pas le choix entre l’avortement en milieu hospitalier, c’était la seule possibilité; il n’y avait pas de planning, donc pas de centre extra-hospitalier, qui pratiquait l’avortement. C’est un peu important aussi, outre la couverture géographique, de pouvoir permettre le choix de pratiquer à l’hôpital, où par exemple une anesthésie générale est possible alors qu’en centre de planning ce n’est pas possible; donc ce sera toujours par aspiration ou médicamenteux selon les cas de figure, mais pas sous anesthésie générale. Les centres de planning sont en convention avec un hôpital, donc ça c’est un préalable, pour qu’il y ait un suivi en hôpital si nécessaire, s’il y a des complications; ce qui est très rares. Et la plupart des avortements, en Belgique, sont pratiqués dans des centres extra-hospitalier, et pas en hôpital. Alors les centres de planning qui ne pratiquent pas l’avortement ont dans l’obligation d’orienter directement les femmes vers un centre de planning ou une autre structure qui pratique l’avortement. Au niveau des hôpitaux, une de nos revendications c’est d’être très vigilant.e.s et d’interdire la clause de conscience institutionnelle. La clause de conscience individuelle elle existe et c’est comme ça; mais je sais qu’en Italie il y a des clauses de conscience institutionnelles où des établissements entiers refusent de pratiquer certains actes. Chez nous aujourd’hui ce n’est pas possible, et nous en tout cas on est très vigilant.e.s pour que ce ne le soit pas.

Est-ce qu’il y a beaucoup d’opposition aujourd’hui en Belgique à l’avortement ?

Beaucoup c’est difficile à dire. Ce que l’on sait c’est que chaque année il y a des groupes anti-avortement, la marche pour la vie, qui organise une grande manifestation; qui a des tentatives, même en milieu universitaire; de propager des visions qui sont peu réalistes et qui sont très orientées idéologiquement au niveau de la religion par rapport à l’IVG. Il y a une opposition mais elle est plutôt du côté conservateur et/ ou catholique. On fait face plutôt à des difficultés d’un autre ordre, à savoir que on sait que la plupart des médecins qui pratiquent dans les plannings atteignent un certain âge, que c’était des médecins qui venaient d’un passé militant et qui sont resté.e.s en centre de planning. C’est de plus en plus difficile de trouver de jeunes médecins pour pratiquer la médecine sociale, d’une part dans des structures où iels n’ont pas une reconnaissance ou un salaire qui correspond à d’autres spécialités médicales. Et encore plus pour pratiquer l’avortement. Parce que ce n’est pas quelque chose qui est bien vu, qui est reconnu, et qui n’est pas bien payé. Déjà pendant les périodes de vacances des médecins qui sont en place dans les centres de planning, on fait face à des difficultés pour les remplacer. Quand il y a un médecin qui part, on fait face à des difficultés pour les remplacer. Et quand il y a un centre IVG qui développe son activité c’est difficile de trouver : il y a eu un centre qui avait l’agrément qui a dû attendre 2 ans avant de trouver un médecin qui acceptait de venir travailler dans le centre pour pratiquer des avortements. Donc c’est plutôt de la difficulté au niveau de la formation des médecins parce que ça n’est pas un gros chapitre de la formation des médecins l’avortement, iels voient ça rapidement dans le cadre d’autres cours. Il y a le GACEPA (ndlr Groupement d’Action des Centres extra-hospitalier Pratiquant l’Avortement), qui est une espèce de fédération de centres de planning qui pratiquent les IVG; qui a développé une formation spécifique par rapport à l’avortement à l’ULB (ndlr Université Libre de Bruxelles), mais il y a peu de personnes qui s’inscrivent, et il y en peu qui vont jusqu’au bout. C’est une réelle difficulté qui nous inquiète beaucoup pour l’avenir.

Donc c’est plus une question de paye de formation plutôt que d’idéologie?

Je ne sais pas. Peut être que c’est une question d’idéologie aussi. Je ne sais pas. Mais on sait que par rapport à la médecine sociale de manière générale c’est difficile. Alors c’est plutôt une question de militance, de s’inscrire dans une démarche militante dans le cadre de son métier ce qui ne va pas forcément de soi, pour les médecins mais comme n’importe qui d’autre d’ailleurs. D’idéologie certainement oui, pas pour tout le monde , mais ça doit jouer pour certains médecins oui.

En principe les jeunes de mon âge sont plus favorable aux questions sociétales

Je ne sais pas parce qu’il y a pleins de jeunes dans la marche pour la vie.

Du coup vous pensez qu’on régresse sur certaines choses ?

Je pense que c’est toujours possible de régresser, qu’il faut être extrêmement vigilant.e.s à maintenir et renforcer les droits; et à surveiller qu’il n’y ait pas de recul parce, je vais vous donner un exemple : quand iels ont discuté de la modification de la loi sur l’IVG, les partis de la majorité ont lié ça au statut du foetus. On ouvre une discussion sur l’avortement si on discute aussi du statut du foetus, dans le sens de permettre de donner un nom au foetus dans le cas de fausses-couches, pour permettre aux parents de faire leur deuil. Et donc iels ont liés les deux dossiers alors que ce n’est pas la même chose. Sauf que les gens n’ont pas nécessairement fait le lien entre “si on permet de donner un nom à un foetus avec un délais plus court, ça risque d’entrer en contradiction avec le délais de l’avortement”. Alors on a été très attentives et attentifs à ça pour faire le lien entre les deux dossiers, mais ce n’est pas quelque chose qui se décode extrêmement facilement. Donc il y a des choses frontales et il y a des attaques qui sont beaucoup plus insidieuses et détournées.

Propos recueillis par Amandine Fouillard le 7 novembre 2018

Interview de Sylvie Lausberg, Présidente du Conseil des Femmes Francophones de Belgique

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